Comment les établissements pour seniors à Évreux dynamisent les parcours professionnels

07/02/2026

La mobilité interne et la promotion : des enjeux majeurs dans le secteur des établissements d’Évreux

Le secteur des établissements d’accueil pour seniors – qu’il s’agisse d’EHPAD ou de résidences services – emploie plusieurs centaines de personnes à Évreux et dans l’Eure. Ce tissu professionnel, composé d’aides-soignants, d’ASH (agents de service hospitalier), d’infirmiers, d’animateurs, de cadres intermédiaires et d’agents administratifs, est confronté à des difficultés de recrutement et de fidélisation. Une des réponses souvent mises en avant est la mobilité interne et la promotion professionnelle : permettre à chacun de progresser sans devoir changer d’employeur ou de secteur.

Mais cette possibilité est-elle réellement favorisée dans les établissements d’Évreux ? Quels dispositifs existent ? Quels sont les freins ? Cet article propose un état des lieux, des chiffres et des témoignages locaux pour mieux comprendre la réalité sur le terrain.

Comprendre la mobilité interne et la promotion dans les établissements pour seniors

Avant d’aller plus loin, il est utile de préciser ce que recouvrent ces deux notions souvent liées :

  • La mobilité interne désigne le passage d’un poste à un autre au sein d’une même structure ou d’un même groupe.
  • La promotion correspond à une évolution vers un poste de plus grande responsabilité, souvent accompagnée d’une revalorisation salariale.

Ces deux dynamiques sont essentielles pour fidéliser les professionnels, enrichir les compétences collectives et garantir une meilleure continuité de service aux résidents. Selon le rapport 2022 de l’ANAP sur l’attractivité des métiers du grand âge, 30 % des salariés interrogés citent l’absence de perspectives d’évolution comme un frein majeur à leur engagement (ANAP).

L’état actuel de la mobilité interne et de la promotion dans l’Eure et à Évreux

Des contextes contrastés entre public, privé associatif et privé lucratif

La réalité de la mobilité interne et de la promotion varie selon les statuts des établissements. L’Eure compte environ 30 EHPAD et une quinzaine de résidences services seniors. À Évreux, l’offre est mixte : la direction du Centre hospitalier inclut plusieurs structures publiques, tandis que des groupes privés nationaux (Korian, Orpea, DomusVi) exploitent d’autres établissements en centre-ville ou en périphérie (source : INSEE).

  • Dans le public (CH d’Évreux, EHPAD Terrasses de Navarre…), la FPH (fonction publique hospitalière) garantit des grilles de carrière et des possibilités d’avancement par concours ou inscription sur listes d’aptitude. Il est possible de passer d’ASH à aide-soignant via la VAE (Validation des acquis de l’expérience), ou d’aide-soignant à infirmier via des dispositifs de financement d’école.
  • Dans le privé associatif (Fondation Léopold Bellan, Fondation Partage et Vie…), la mobilité dépend souvent de la taille du réseau. Dans les grandes associations présentes en Normandie, des appels à candidatures internes sont réguliers.
  • Dans le privé commercial, pour la dizaine d’établissements présents à Évreux, la mobilité interne peut s’envisager à l’échelle d’un groupe : un agent peut évoluer d’une résidence à une autre, voire vers des fonctions supports régionales ou nationales.

Selon les chiffres 2023 de la FEHAP (Fédération des Établissements Hospitaliers et d'Aide à la Personne privés non lucratifs), environ 18 % des mobilités internes aboutissent à une promotion effective au bout de 2 ans dans le secteur associatif, contre à peine 11 % dans le secteur lucratif en France (FEHAP).

Quels dispositifs et leviers concrets ?

Des outils institutionnels bien identifiés… mais peu connus des salariés

  • La VAE (Validation des acquis de l’expérience) : très utilisée pour devenir aide-soignant (en 2022, plus de 150 agents de l’Eure l’ont obtenue, chiffres DRJSCS Normandie). Certains établissements d’Évreux accompagnent à la constitution du dossier, mais cela reste inégal.
  • Le plan de formation : les grands EHPAD proposent des formations diplômantes (DEAS, DEI, DU gérontologie…) accessibles par l’alternance ou le congé de formation.
  • Des postes à responsabilités intermédiaires : tuteur, référent hygiène, animateur projet qualité, coordinateur d’équipe. Ce sont des niveaux tremplin pour accéder à des fonctions cadres (cadre de santé, responsable d’unité).
  • Le dialogue social : les comités sociaux et économiques (CSE) ou commissions paritaires peuvent proposer des “voies rapides” pour valoriser les salariés méritants.

Initiatives spécifiques à Évreux et dans l’Eure

Plusieurs établissements locaux témoignent d’une réelle volonté d’encourager la mobilité interne. Par exemple :

  • L’EHPAD Les Terrasses de Navarre signale qu’en 2022, six ASH ont obtenu des passerelles vers le métier d’aide-soignant avec accompagnement personnalisé (information transmise lors du forum de l’emploi d’Évreux, octobre 2022).
  • Le groupe Korian, implanté à Évreux, dispose d’un campus de formation en ligne ouvert à tous ses salariés normands, facilitant la montée en compétences sur plus de 40 modules.
  • Un projet expérimental mené avec l’ARS Normandie en 2021 a permis à douze aides-soignants d’Évreux de suivre un parcours de formation “Référent Parcours Senior”, leur ouvrant ensuite l’accès à des postes de coordination (ARS Normandie).

Les freins et difficultés rencontrés par les professionnels d’Évreux

Malgré les dispositifs évoqués, plusieurs obstacles limitent encore l’accès réel à la mobilité ou à la promotion :

  1. Manque d’information claire : certains agents ignorent jusqu’aux dispositifs existants. Cette absence de communication interne a été dénoncée par l’URIOPSS Normandie en 2023.
  2. Charge de travail élevée : dans la quasi-totalité des établissements d’Évreux, la pression au quotidien freine les départs en formation ou la prise de fonctions de référent.
  3. Pénurie d’effectifs : la crainte de “laisser un vide” dans l’équipe incite certains à renoncer à la promotion, jugeant le timing inadapté.
  4. Frein financier : même si le CPF (Compte Personnel de Formation) ou les plans d’entreprise prennent en charge certains frais, les pertes de salaire temporaires liées à la formation restent un frein.
  5. Réticence au changement : la “peur de décevoir” ou de ne pas réussir dans un nouveau rôle bloque parfois l’élan d’évolution, comme constaté dans une enquête menée à l’EHPAD Les Andelys (proche d’Évreux) par l’IFSO en 2022.

Portraits et témoignages locaux : des parcours inspirants

Pour illustrer ces enjeux, retour sur quelques parcours évoqués lors du forum des métiers du Grand Âge organisé à Évreux en novembre 2023.

  • Claire, 39 ans, aide-soignante devenue infirmière au CH d’Évreux Grâce au dispositif de “promotion professionnelle” proposé par la Direction des soins, Claire a pu suivre une formation IDE tout en continuant à exercer à 50 % en EHPAD. Elle a bénéficié d’un tutorat renforcé. Elle insiste sur l’importance du soutien de l’encadrement et de la banque d’heures générée pour financer sa formation.
  • Michel, 46 ans, agent de service évolué vers agent technique en résidence DomusVi Après 12 ans d’ancienneté, Michel a vu son profil reconnu pour passer sur un poste d’agent polyvalent technique (plomberie, maintenance, sécurité bâtiments), suite à une session de formation interne. Il évoque “une vraie reconnaissance, mais un parcours long et parfois décourageant”.
  • Sophie, 28 ans, animatrice recrutée en tant que référente bien-être à la résidence Les Chênes Issue d’un CDD en animation, Sophie a eu accès à une création de poste incluant accueil des familles et coordination d’activités, preuve que la mobilité n’est pas réservée aux seuls soignants ou agents de service.

La parole donnée aux représentants locaux

Selon Mme Lefèvre, DRH d’un groupe d’EHPAD privés à Évreux : “Nous avons doublé notre budget formation depuis 2021, mais le vrai défi reste de convaincre les équipes que l’évolution est possible sans partir.” Un point partagé aussi par l’ARS Normandie, qui plaide pour l’intégration systématique d’un référent mobilité-interne dans les plus grands établissements.

Des tendances positives mais un chemin à poursuivre

  • Les chiffres de la CPAM de l’Eure montrent que 27 % des salariés entrés dans le secteur du grand âge en 2015 y occupent aujourd’hui un poste de catégorie supérieure, preuve d’une certaine mobilité (dossier 2022, CPAM Eure).
  • Mais ce chiffre masque des écarts forts entre grandes structures (où la mobilité est plus forte) et petits établissements isolés (où la promotion est quasiment absente faute d’effectifs ou de postes vacants).
  • La dynamique territoriale lancée par le Contrat Local de Santé d’Évreux en 2023 prévoit de renforcer le partenariat entre établissements, organismes de formation (IFAS, IFSI) et Pôle emploi pour flécher plus efficacement les passerelles internes. Des ateliers “promotion-mobilité” doivent se multiplier d’ici 2025.

Quelles perspectives pour les années à venir ?

La récente Loi Grand Âge devrait renforcer le droit à la formation tout au long de la vie pour les salariés du secteur, et imposer à chaque structure l’élaboration d’un plan plurianuel de mobilité. Pour Évreux et son agglomération, l’enjeu est désormais d’améliorer l’information des équipes, de rendre les parcours de formation plus souples et d’encourager les établissements – quelle que soit leur taille – à investir dans leurs ressources humaines avec ambition.

Les besoins grandissants en accompagnement des personnes âgées dans l’Eure feront sans doute de la promotion interne et de la mobilité une clé pour attirer, fidéliser et motiver les professionnels du secteur à Évreux, au bénéfice de tous.

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