Soins courants et soins spécialisés en EHPAD : bien comprendre leurs rôles et spécificités

23/07/2025

Comprendre la notion de soins courants en EHPAD

Les soins courants en EHPAD désignent l’ensemble des actes médicaux et infirmiers quotidiens, répondant à des besoins réguliers mais non complexes. Ils sont au cœur de la mission de l’établissement, garantissant un suivi de santé constant pour chaque résident.

Quels sont les soins courants ?

  • Suivi médical général : Consultations régulières avec le médecin coordonnateur et/ou le médecin traitant, vérification de l’état général.
  • Administration des traitements : Distribution des médicaments, surveillance des effets secondaires, adaptation si besoin.
  • Soins d’hygiène et de prévention : Toilette, habillage, soins de la peau, prévention des escarres.
  • Prise de constantes : Contrôle de la tension artérielle, de la température, du pouls, du poids.
  • Suivi nutritionnel : Surveillance de l’alimentation, adaptation des textures, prévention de la dénutrition.
  • Gestes infirmiers de base : Pansements simples, pose de bas de contention, surveillance des plaies légères.

En 2022, selon la Fédération hospitalière de France, 87 % des résidents d’EHPAD nécessitaient des soins courants quotidiens (FHF). Ces soins sont pris en charge par les infirmières de l’établissement, mais aussi par les aides-soignants et, selon les cas, par des intervenants extérieurs (kinésithérapeutes pour la mobilité quotidienne, par exemple).

Comment sont organisés les soins courants ?

  • Présence continue : Les infirmières sont présentes 7j/7, souvent jusque tard le soir, pour assurer le suivi des résidents.
  • Plan de soins individualisé : Un dossier médical est ouvert dès l’entrée du résident, avec une évaluation régulière.
  • Coordination : Le médecin coordonnateur organise les protocoles, mais chaque résident conserve son médecin traitant.
  • Participation de la famille : Les proches sont régulièrement informés de l’évolution des soins dispensés.

Les soins courants sont inclus dans le forfait « soins » financé en grande partie par l’Assurance maladie, qui représente environ 40-45 % du budget d’un EHPAD public (source : CNSA).

Zoom sur les soins spécialisés en EHPAD

Quand l’état de santé s’aggrave ou qu’une situation spécifique survient, un résident peut nécessiter des soins plus techniques : il s’agit alors de soins spécialisés. Ceux-ci requièrent l'intervention de professionnels aux compétences particulières ou l’utilisation de matériels adaptés.

Exemples de soins spécialisés

  • Pansements complexes : Traitement des escarres sévères, soins nécessitant des techniques avancées ou du matériel spécifique.
  • Soins palliatifs : Accompagnement en fin de vie, gestion de la douleur, interventions pluridisciplinaires (infirmiers, médecins, psychologues).
  • Prise en charge des pathologies chroniques : Suivi rapproché pour diabète insulino-dépendant, insuffisance cardiaque, BPCO.
  • Interventions extérieures : Kinésithérapie spécialisée, ergothérapie, orthophonie pour des troubles de la déglutition ou du langage.
  • Soins psychiatriques ou gériatriques avancés : Attention particulière aux troubles cognitifs sévères (maladie d’Alzheimer avancée, par exemple).

La présence de soins spécialisés est un sujet central : la Haute Autorité de Santé estime que 40 % des résidents d’EHPAD ont besoin, au moins une fois par an, d’un soin spécialisé (HAS).

Organisation des soins spécialisés : une coordination renforcée

  • Professionnels extérieurs : Les soins spécialisés nécessitent régulièrement la venue de professionnels libéraux ou hospitaliers : infirmiers spécialisés, médecins spécialistes, gériatres, équipes mobiles de soins palliatifs, etc.
  • Matériel adapté : L’établissement doit disposer de dispositifs médicaux spécifiques : matelas anti-escarres, pompes à perfusion, matériel de traitement de plaies complexes.
  • Protocoles spécifiques : Pour chaque intervention, un protocole détaillé est rédigé et la traçabilité renforcée, avec des transmissions soignantes régulières.

Dans le département de l’Eure, on note par exemple que certains EHPAD travaillent en lien direct avec les hôpitaux locaux (Évreux, Vernon, Bernay) ou des Centres Spécialisés Alzheimer, pour garantir une prise en charge complète des soins spécialisés.

Différences clés entre soins courants et soins spécialisés : tableau comparatif

Soins courants Soins spécialisés
Fréquence Quotidienne ou hebdomadaire Occasionnelle, selon besoins spécifiques
Professionnels impliqués Infirmiers, aides-soignants du service Infirmiers spécialisés, médecins experts, services extérieurs
Exemples d’actes Prise de tension, toilette, pansement simple Pansement complexe, morphine, soins palliatifs, kiné spécialisée
Prise en charge financière Inclus dans le forfait soins (pris en charge sécu/ARS) Peut nécessiter des prescriptions spécifiques, interventions libérales (prise en charge CPAM mais parfois avec dépassement d’honoraires)
Organisation Standardisée, routine Sur-mesure, coordination médicale renforcée

Pourquoi cette distinction est-elle essentielle pour les familles ?

La différence entre soins courants et soins spécialisés n’est pas qu’une question médicale : elle impacte l’accompagnement global, le confort et la qualité de vie du résident.

  • Anticiper : En connaissant les capacités de l’EHPAD choisi, on limite les ruptures de parcours en cas d’aggravation de l’état de santé.
  • Comprendre les frais : Certains actes spécialisés, s’ils doivent être réalisés par des professionnels extérieurs, peuvent entraîner des coûts additionnels (même si la Sécurité sociale prend en charge la majorité des frais).
  • Agir vite en cas de besoin : Les familles informées savent auprès de qui signaler une évolution de santé nécessitant un soin spécialisé, facilitant un passage rapide à une organisation adaptée.
  • Choisir l’établissement selon le profil : Certains EHPAD disposent d’unités Alzheimer, d’autres non. Certains ont des conventions avec des équipes mobiles de soins palliatifs, d’autres doivent réorganiser rapidement en cas de besoin.

Un rapport 2021 de la Drees rappelle que près de 35 % des entrées non prévues à l’hôpital depuis un EHPAD correspondent à une absence de solution de soins spécialisés sur place (Drees). D’où l’importance, lors d’une admission, de poser des questions spécifiques sur la capacité de l’établissement à gérer différents types de situations médicales.

Quels professionnels pour quels soins ?

  • Soins courants : Infirmiers salariés de l’EHPAD, aides-soignants, médecins coordonnateurs, médecins traitants.
  • Soins spécialisés : Infirmiers libéraux, médecins spécialistes (gériatres, dermatologues, etc.), kinésithérapeutes spécialisés, équipes mobiles hospitalières ou réseaux de soins palliatifs, psychologues, ergothérapeutes.

En 2023, 19 % des résidents d’EHPAD en France bénéficiaient d’au moins une intervention hospitalière à domicile dans l’année, incluant souvent des soins spécialisés non réalisables en routine sur site (Insee).

Que prévoir lors de l’admission en EHPAD ?

  • Antécédents et pathologies : Bien signaler toutes les maladies chroniques et besoins spécifiques pour adapter le projet de soins.
  • Bilan à l’entrée : Chaque résident fait l’objet d’une évaluation globale, permettant de prévoir quels soins relèvent du quotidien, lesquels nécessiteront une organisation spécifique.
  • Souplesse et évolution : Les besoins évoluent. Un résident dont l’état se complique bénéficiera d’une adaptation de son plan de soins.

Vers un accompagnement de plus en plus spécialisé

Le vieillissement de la population, le recul de l’âge moyen d’entrée en EHPAD (88 ans en 2021, Drees) et la prévalence accrue des pathologies complexes imposent une hausse des compétences sur le terrain. Aujourd’hui, la part des soins spécialisés progresse : 27 % des résidents présentent un niveau de dépendance élevé, contre 21 % dix ans plus tôt.

Les établissements d’Évreux et de l’Eure s’adaptent en renforçant les partenariats locaux et en formant spécifiquement les équipes aux situations complexes, notamment autour des troubles du comportement ou de la fin de vie.

À retenir pour bien choisir et vivre en EHPAD

  • Les soins courants sont le socle de la vie quotidienne en EHPAD. Ils assurent la sécurité, le confort et le suivi standardisé pour tous.
  • Les soins spécialisés se déclenchent pour des situations complexes ou rares. Ils s’appuient sur des professionnels ou équipements extérieurs, nécessitent plus de coordination et une vigilance particulière.
  • Interroger l’établissement lors des démarches d’admission (unités spécialisées, partenaires extérieurs, évaluation des besoins) est indispensable pour garantir la continuité des soins, même en cas d’évènement imprévu.
  • Cette distinction, bien comprise, permet d’accompagner au mieux le résident tout au long de son séjour, et de rassurer les familles sur la capacité d’adaptation de l’EHPAD.

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